EAN 13 : 9782379061318
Date de publication : 13 janvier 2025
Collection : Monde hispanophone
Nombre de pages : 310
Dimensions : 15 x 21 cm
EAN 13 : 9782379061318
Date de publication : 13 janvier 2025
Collection : Monde hispanophone
Nombre de pages : 310
Dimensions : 15 x 21 cm
En 1706, dans la mission de San Cosme y Damian, des artisans guaranis installent au sommet du clocher le télescope dont ils viennent d’achever la construction sous la direction du Père jésuite Buenaventura Suarez. Il s’agit du premier modèle entièrement fabriqué en Amérique du Sud. Un an auparavant, dans une autre mission, Loreto, c’est la première imprimerie américaine que d’autres artisans guarani construisent. Ces deux exploits ne laissent pas de doutes quant aux compétences des menuisiers, orfèvres et verriers indiens. Pourtant, selon les missionnaires, les Guaranis ne savent pas ou ne veulent pas travailler. Ils le « tiennent en horreur », écrit même un chroniqueur jésuite.
Entre 1609 et 1768, les prêtres de la Compagnie de Jésus fondent au Paraguay trente villages dans lesquels ils réunissent plus de cent cinquante mille Guaranis afin de les évangéliser. Autosuffisants, isolés du reste de l’espace colonial, ces bourgs où les Espagnols n’ont pas le droit d’y séjourner sont pensés selon une organisation sociale minutieusement stratifiée. Leur développement économique et leur pérennité fascinent leurs contemporains européens jusqu’à propager le mythe d’un royaume autonome au sein de l’Empire espagnol.
Comment dès lors expliquer le paradoxe entre l’image de l’Indien paresseux propagée par les jésuites et celle d’une utopie réalisée dans les missions du Paraguay ? Comment les populations autochtones reçoivent-elle les représentations et les pratiques de travail d’origine européennes imposées par les missionnaires ? Quelle est la place du travail dans l’évangélisation menée par les jésuites au Paraguay ?
Cet ouvrage se propose d’examiner ces questions sous une perspective novatrice, en exploitant des documents d’archives rédigés en guarani dans les missions au XVIIe et XVIIIe siècles. Le manuscrit de Luján notamment, catéchisme de travail destiné aux autorités jésuites et autochtones, permet de repenser le quotidien de travail missionnaire dans ses nombreuses dimensions, de l’agriculture à l’artisanat en passant par la construction civile ou encore le travail domestique. Sa traduction et son analyse éclairent les relations de production entre jésuites et autochtones, mais aussi entre les élites guaranis et leurs subordonnés, donnant à voir la formation d’un ordre social nouveau où travail et évangélisation sont indissociables.